La crise financière et économique des années 2008/2009 a fait des dégâts, plus encore en Franche-Comté qu’ailleurs. L’emploi régional s’est contracté de 1.6% en 2009 faisant bondir le chômage de 28% sur un an ! Désormais le taux de chômage en Franche Comté est de nouveau supérieur au niveau national (9.4% contre 9.1%) alors qu’il était deux points de demi inférieur au début de la décennie.
La situation économique de la Franche-Comté demeure fragile et préoccupante. Son caractère fortement industriel la rend particulièrement sensible à la conjoncture, laquelle reste orientée défavorablement. Les effectifs industriels sont en érosion constante et régulière en France depuis trente ans (-19.3% sur la dernière décennie), phénomène aggravé récemment par la tendance récente à la délocalisation de l’industrie automobile qui a entrainé un effondrement des effectifs depuis 2005 et dont un rapport récent annonce encore 50 000 suppressions de postes chez les équipementiers et leurs sous-traitants : une véritable saignée !
Jusqu’à présent, la Franche-Comté a mieux résisté que la France dans son ensemble grâce au caractère hautement technologique de son industrie, mais pour combien de temps ?
L’emploi comme objectif transversal
Le développement économique et le soutien à la création d’emplois doivent revenir au premier rang des objectifs de toutes politiques locales. Il n’est plus possible de faire les mêmes politiques dans un contexte de chômage de masse, qu’à l’époque où on pensait renouer avec le plein emploi sous l’effet mécanique de la croissance et du retournement démographique comme entre 2004 et 2008.
Nous devons réaffecter un maximum de ressources budgétaires au soutien économique et à la création d’emplois. Toutes les politiques régionales doivent être asservies à l’objectif de soutien à l’emploi : éducation, orientation, formation professionnelle, aménagement du territoire, environnement, agriculture, développement rural … A l’instar du développement durable dont toutes les politiques devront prendre en compte l’objectif de développement de l’emploi.
Les politiques de soutien à l’emploi visent à enrichir le tissu économique en emplois, dans tous les secteurs d’activité, ceux d’avenir comme les plus traditionnels, en faveur de l’emploi à haute valeur ajoutée comme du moins qualifié, dans l’économie productive comme dans les emplois de services qui participent au lien social et à la qualité de vie. Nous devons tout faire pour endiguer la montée du chômage et le réduire à son niveau au minimum !
Cette politique ne s’exprimera pas par un saupoudrage d’aides à l’emploi tous azimuts compte tenu du risque évident d’effet d’aubaine. Ce genre de politique ne sert en réalité qu’à fabriquer des bilans flatteurs.
Soutenir la demande pour les filières locales
Notre politique de soutien à l’emploi passera en priorité par un soutien aux filières d’avenir, en particulier pour le secteur de «l’économie verte » pour lequel la région doit remplir un rôle de stimulateur de demande et d’organisateur de l’offre : métiers de l’efficacité énergétique, aux énergies renouvelables (bois), à la fabrication de bio-éthanol (issu des pailles et non des graines alimentaires), développement d’une agriculture bio au meilleur rendement et plus riche en emplois… Lorsque la Région finance un lycée HQE, elle ne contribue pas seulement à réaliser des économies d’énergie, elle suscite de l’activité dans un secteur d’avenir, elle donne du travail à des artisans, elle pousse les professionnels à s’organiser pour ensuite proposer leurs savoir faire sur le marché.
Le plus grand chantier des 20 années qui viennent sera d’ailleurs certainement la rénovation de tout l’habitat comtois pour le rendre économe en énergie et plus confortable. La première économie est l’argent qui ne part pas en fumée.
Il serait cependant illusoire de trop attendre de la seule « économie verte » Le marché est aujourd’hui encore trop étroit pour générer spontanément de l’activité. Il ne prendra pleinement son essor que lorsque les prix des énergies fossiles exploseront. C’est pourquoi, afin de nous préparer au mieux à ce défi, nous devons favoriser l’émergence d’une offre et soutenir la demande, soutenir toutes les filières afin de renforcer leur compétitivité et leur dynamisme.
Nous devons également mettre en place des pôles régionaux d’excellence (voir ci-après) dans tous les domaines où la Franche-Comté dispose d’atouts et de compétences à valoriser, dans le domaine du bois, de l’agroalimentaire, du véhicule électrique, du biomédical… Sans oublier le tourisme, le commerce et l’artisanat et tout le secteur du tertiaire, y compris l’associatif,le social et le solidaire. S’il n’y a pas de sous-métier, il n’y a pas non plus de sous-secteurs d’activité!
Créer des emplois d’abord, former ensuite.
Notre politique de l’emploi devra être la plus “opportuniste” possible (à la seule réserve d’éviter les effets d’aubaine). Nous devrons même probablement renouer avec la politique des emplois aidés, que ce soit pour éviter les phénomènes d’exclusion pour les publics les plus fragiles ou pour soutenir des secteurs porteurs d’emplois socialement et écologiquement utiles.
Il est en effet préférable de financer directement le marché ou les emplois eux-mêmes, dans une logique de relance de l’économie régionale par stimulation de la demande ou de soutien à l’offre d’emploi, plutôt que de former des chômeurs pour des emplois que le marché est devenu incapable de créer. La seule formation comme facteur de création d’emploi est une illusion. Promettre aux travailleurs précaires et aux licenciés économiques qu’ils retrouveront un emploi par une action de formation est au mieux une erreur économique, au pire un mensonge électoraliste.
Il y a quelques années, lorsque l’économie s’acheminait vers le retour au plein emploi, on pouvait craindre des situations de tensions dans certains secteurs. L’adéquation des qualifications de la main d’œuvre disponible aux besoins des entreprises qui recrutaient était effectivement la priorité centrale des politiques de l’emploi. Il convenait de mettre l’accent sur la formation, favoriser les reconversions ou rendre « employables » les personnes les plus en difficulté.
Le contexte a changé avec la crise et la remontée du chômage. Aujourd’hui la qualification de la main d’œuvre disponible ne constitue plus le facteur limitant de la création d’emploi. Le problème est global, économique, systémique : l’économie ne créé plus suffisamment d’emplois pour satisfaire les demandes.
Il y a là un basculement des priorités à opérer dans les politiques de formations pour s’adapter au contexte de crise et de remontée du chômage. Il faut aujourd’hui prioritairement soutenir la création d’emploi, ce qui implique logiquement un transfert de l’effort budgétaire de la formation vers le développement économique.
Il n’est plus temps de faire de l’idéologie, d’attendre passivement la reprise ou de se réfugier derrière des discours incantatoires. Nous devons relever le défi de l’emploi, sans a priori et avec la plus grande des déterminations !










