
Nous sommes là face à un problème que la région ne semble pas pouvoir endiguer. En effet, formatrice de nombreux diplômés, la Franche-Comté sait développer l’intelligence de sa jeunesse, mais est incapable de la garder. Pour quelles raisons ?
Premièrement, les activités franc-comtoises, à cause de la crise récente et de la conjoncture « pré-crise » qui n’était pas forcément très reluisante, soit connaissent des difficultés économiques, soit sont saturées sur le marché du travail.
Si je prends l’exemple de mon entourage, voilà ce que je peux dire. Nous sommes une bande de copain, une dizaine. Nous nous sommes tous connus dans un lycée de Belfort, il y a bientôt dix ans, et nous sommes tous diplômés (au minimum Bac+3, Bac +5 pour la plupart). Nous sommes partis dans des directions diverses: environnement, pharmacie, ingénierie, informatique, enseignement, tourisme, histoire en ce qui me concerne.
Actuellement, nous ne sommes plus que deux à vivre en Franche-Comté, et encore, le second a envie de quitter la région. Ingénieur de formation, il ne trouve pas la région assez attractive et a été séduit par la vie Strasbourgeoise.
De notre bande de copains, l’un d’entre nous est devenu garde-pêche. On pourrait croire que, dans une région comme la nôtre, où l’eau se trouve en abondance, il aurait pu trouver un travail. Et bien non, il a dû s’exiler dans le Nord-Pas-De-Calais où il va y faire sa vie.
Autre exemple: le Nord-Est de la Franche-Comté peut se targuer de posséder une université qui sait former les étudiants au monde des médias et de l’informatique. Et pourtant, ceux de notre bande ayant choisi cette voie vivent à présent à Paris.
Deuxièmement, notre région est malheureusement détentrice d’un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale (9,4 % contre 9,1 %). Dans ces conditions, il est donc logique pour les jeunes diplômés de chercher du travail ailleurs, où le chômage semble moins élevé.
La troisième raison de cette fuite des diplômés francs-comtois est due à un manque de volonté de la part de l’actuelle majorité du Conseil Régional de mettre en valeur les activités locales, ainsi que de renforcer certains secteurs comme le tourisme.
Alors que notre pays reste l’un des pays les plus visités au monde, peu d’efforts ont été effectués dans cette voie pour rendre notre région aussi touristique que ne peuvent l’être l’Alsace, la Bourgogne ou la Provence. Pire encore, le nom de Franche-Comté est loin d’être connu.
Si on part à l’autre bout de la France et qu’on parle de Franche-Comté, beaucoup de personnes nous regardent avec des gros yeux puis nous disent : « C’est où ça ? » Alors que beaucoup de Français savent où se trouvent la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace et la région Rhône-Alpes, ne peuvent situer notre région…
Il existe donc un véritable manque de communication autour non pas de notre patrimoine, mais de notre existence même. Et pourtant, notre région a tout pour être connue: une région au caractère fort, à l’Histoire originale, au patrimoine historique important : Luxeuil-les-Bains, Dôle, le Château de Joux, Montbéliard, Belfort, Besançon, la Chapelle de Ronchamp, région qui a vu naître de grands noms comme Rouget de l’Isle, Pasteur, Hugo, Cuvier, Proudhon, etc. Tout le monde connaît Sochaux grâce à son club de football. Tout le monde connaît Belfort pour ses Eurockéennes. Tout le monde connaît Vesoul grâce à Jacques Brel. Tout le monde connaît le Comté, un excellent ambassadeur de notre culture culinaire. Bref, la plupart des gens connaissent certaines figures, certains symboles de notre région, mais pas son nom…
Le tourisme régional n’étant pas apprécié à sa juste valeur, les places dans ce domaine sont rares, et les places stables, encore plus rares. De ce fait, ceux de notre bande d’amis qui se sont tournés vers ce secteur ont, eux aussi, été obligés de migrer vers des régions plus accueillantes. Enfin, actuellement, l’Université de Franche-Comté, pourtant compétente, est lentement en train de se faire aspirée par Dijon. Et rien n’est entrepris pour empêcher cette mainmise sur l’enseignement supérieur Franc-Comtois. Nous n’avons rien contre le fait que les universités s’associent, mais, il semble que ce rapprochement se fasse au détriment de notre université. A terme, cela ne peut que catalyser cette fuite de diplômés vers les régions avoisinantes, réduisant notre belle Comté, à l’état de région ‘couveuse’.
Alors? Existe-t-il des solutions pour éviter cette fuite des diplômés francs-comtois? Bien sûr! Un véritable soutien aux activités locales qu’il s’agisse du secteur primaire, du secondaire et du tertiaire doit être mis en place, de façon rationnelle et non aléatoire, pour permettre ainsi de contrer l’augmentation du chômage.
De plus, une véritable politique d’orientation doit être menée, dans laquelle on indiquerait aux jeunes, non seulement les filières qu’ils peuvent choisir, mais surtout, les secteurs où l’on manque de main-d’œuvre. Car ce n’est malheureusement pas le cas. Un organisme régional créé dans ce sens pourra remplir ce rôle. Et surtout, cela ne se sera possible qu’à condition d’agir en liaison avec les branches professionnelle. Il faut donc également rapprocher les mondes universitaires et entrepreneuriaux, renouer un dialogue entre l’enseignement et l’entreprise où, d’un côté comme d’un autre, les préjugés sont malheureusement encore influents.
Nous devons aussi nous battre pour que notre Université de Franche-Comté reste indépendante et forte. Une région sans pôle universitaire est une région sans développement, sans avenir. Maintenir, renforcer et rendre attractifs les centres intellectuels et culturels qui parcourent le territoire franc-comtois ne peut qu’être salutaire pour l’esprit de chaque franc-comtois, mais également pour notre économie, puisque de tels centres sont à termes porteurs d’emplois.
C’est pour ces mêmes raisons qu’il faut également soutenir des secteurs prometteurs comme le tourisme. La Franche-Comté, avec son histoire, son patrimoine, ses vertes forêts et ses terres aux cours d’eau innombrables possède un potentiel touristique insoupçonné et encore méconnu chez nous et en dehors.
Et c’est que nous proposons pour notre région: une région forte économiquement et culturellement, une région formatrice qui saura garder ses diplômés et créer des emplois, bref, une région fière d’être elle-même !
Robin Maillard
Candidat MoDem pour les régionales sur la liste de Haute Saône











2 commentaires «La fuite des diplômés»
Article de fond qui traîte d’une problèmatique qui engage l’avenir même de notre région
voilà un texte intéressant !!!
bonne campagne
lattre